J’ai présenté ce vendredi 15 octobre 2010, lors de la discussion sur l’article 13 du projet de loi de réforme des retraites, un amendement demandant l’abrogation de l’article 37 de la loi sur la rénovation du dialogue social qui a été promulguée le 5 juillet 2010. Il a été adopté à main levée.
Voici mon intervention générale sur cet article et mon explication de vote sur l’amendement :
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Intervention sur l’article 13 :
« Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Monsieur le Rapporteur, Mes chers collègues,
Cet article 13 qui vient compléter le III de l’article 37 de la loi n° 2010-751 du 5 juillet 2010 relative à la rénovation du dialogue social et comportant diverses dispositions relatives à la fonction publique, consacre l’ouverture du droit à pension aux fonctionnaires concernés par cette loi à 60 ans et de l’âge de départ à taux plein à 65 ans. Il s’agit notamment du personnel infirmier hospitalier ayant opté pour la catégorie A de la fonction publique comme proposition lui en a été faite par la loi du 5 juillet 2010 précitée.
Ce faisant, ce personnel actuellement en fonction, ayant choisi d’opter pour la catégorie A, s’il perd son classement en service actif, n’est par contre pas touché par la mesure de recul de 2 ans de l’âge de départ en retraite prévu par le projet dont nous débattons aujourd’hui ; nous en prenons acte.
Nous observons toutefois que cette mesure, prévue pour inciter les infirmiers et les infirmières à opter pour le passage en catégorie A, dans un « marchandage » que nous avions déjà dénoncé à l’époque où la loi du 5 juillet 2010 nous avait été soumise, ne peut occulter le fait que les soignants qui n’auront pas choisi d’intégrer la catégorie A (comme du reste les futures infirmières, non encore dans le corps infirmier hospitalier, qui relèveront automatiquement d’un classement en catégorie A sédentaire) seront concernées par le relèvement progressif de deux ans des bornes de limite d’âge pour leur départ en retraite. Autrement dit, si nous décodons, là aussi, la dimension « pénibilité » ayant justifié jusqu’ici le classement de tout le corps infirmier hospitalier en catégorie active n’est plus sanctuarisé sur ses bases actuelles qui, je le rappelle, leur ouvre la possibilité de prétendre à une pension de retraite à 55 ans.
Nous ne pouvons dans ces conditions que demander à nouveau ce que nous demandions en juillet dernier : l’ensemble du corps des infirmiers hospitaliers doit pouvoir être rangé en catégorie A de la fonction publique hospitalière en raison du niveau d’études requis (bac+3 et plus) aujourd’hui reconnu par l’université, dans le cadre de la filière LMD, avec maintien du bénéfice d’un classement en catégorie active ouvrant des droits à un départ en retraite à 55 ans sans possibilité de reculer cet âge à 57 ans.
Nous demandons de même à ce que les infirmiers anesthésistes diplômés d’Etat qui sont des infirmiers spécialisés dont les 5 années d’études représentent un niveau d’équivalence universitaire en cours de reconnaissance au grade de master, qui étaient jusqu’au 12 juin 2010 classés dans la catégorie A de la fonction publique hospitalière, compte tenu de la pénibilité de leur tâche, puissent être maintenus dans cette catégorie active leur permettant de prétendre à une pension de retraite à 55 ans.
J’ajoute que les infirmiers anesthésistes, par leurs attributions et fonctions, remplissent tous les critères connus de pénibilité :
- Ils assument la continuité des soins 24/24h, 7 jours sur 7, avec alternance systématique jour, nuit, et repos variables, ce qui n’est pas sans conséquences sur les rythmes biologiques.
- Ils travaillent en permanence dans des conditions de stress extrême dues à la vigilance exigée dans leurs activités, à la gestion de gestes techniques précis et la confrontation récurrente à des situations d’urgences vitales. Les temps de récupération et repos sont souvent aléatoires et jamais choisis.
- Ils sont exposés également à des émanations gazeuses à long terme toxiques malgré les systèmes de prévention utilisés qui n’offrent qu’une protection limitée.
- L’ergonomie limitée autour dune table d’opération et la manipulation systématique des corps humains lors des positionnements entrainent de nombreuses contraintes articulaires et posturales entrainant des troubles musculo-squelettiques.
Il serait donc tout à fait incongru que la notion de pénibilité ne soit pas retenue pour les infirmiers anesthésistes.
Il s’agit, pour l’ensemble, de corps de métiers majoritairement féminins, dont tous nos concitoyens louent les services éminents tout en s’inquiétant de la pénibilité de leur travail. Ils savent que cette pénibilité est due, je le répète, au stress croissant, au rythme de travail soutenu, à la station debout prolongée, à une multiplication du nombre de TMS, au travail de nuit astreignant, à une vigilance obligatoire de chaque instant par exemple pour la préparation des médicaments antimitotiques pour lutter contre les pathologies cancéreuses et la dispensation des traitements, un côtoiement en continu de la souffrance et très souvent de la mort, mais aussi de la douleur des familles.
J’ai personnellement eu pendant plus de trente ans l’occasion de constater cette pénibilité tellement spécifique à ces corps de métiers indispensables au bon fonctionnement de notre système de santé.
Nous ne pouvons donc nous satisfaire, Monsieur le ministre, de la mesure prévue par cet article 13 pour le personnel infirmier hospitalier et les autres personnels paramédicaux également concernés dont les infirmiers anesthésistes.
Cette mesure fait illusion. Elle masque en vérité un marchandage inadmissible envers un personnel soignant admirable que l’on abuse sciemment, ce qui à nos yeux, Monsieur le ministre, comme à ceux de nos concitoyens qui par centaines de milliers fréquentent les hôpitaux, est non seulement déplorable mais aussi condamnable.»
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Explication de vote sur l’amendement n°146 abrogeant l’article 37 de la loi n° 2010-751 du 5 juillet 2010 relative à la rénovation du dialogue social et comportant diverses dispositions relatives à la fonction publique :
« M. le président. La parole est à M. Jacky Le Menn, pour explication de vote sur l’amendement n° 146.
M. Jacky Le Menn. Monsieur le secrétaire d’État, j’ai bien entendu votre réponse et votre analyse. Malgré tout, votre démonstration ne peut convaincre le personnel infirmier : nous sommes en effet en train d’évoquer deux notions qui relèvent de champs complètement différents.
Vous le savez, car vous êtes suffisamment au fait des problématiques professionnelles dans l’ensemble de la fonction publique, lors de la négociation tendant à améliorer le pouvoir d’achat du personnel infirmier, qui concernait également le personnel anesthésiste, le niveau de formation a été pris en compte. Après discussion, la durée de formation de ces agents, d’au moins trois ans, a été transposée dans le cadre du dispositif LMD : comme beaucoup d’autres corps de la fonction publique, le personnel infirmier pouvait donc tout à fait normalement être classé en catégorie A, et d’autres corps ont également été reclassés ainsi.
Ce classement leur permettait d’accéder à un niveau de traitement qui correspondait à leur formation. Je dirais même que les infirmiers auraient pu bénéficier d’une meilleure reconnaissance sur le plan indiciaire, compte tenu de la dureté des tâches assumées ; mais passons…
Par ailleurs, se pose le problème fondamental de la pénibilité. Dans quel état sont les infirmiers lorsqu’ils partent à la retraite, après de nombreuses années d’exercice ? Vous nous dites – et votre collègue, Mme la ministre de la santé et des sports, nous a fait la même réponse – que l’on ne compte pas, parmi les infirmiers, plus de personnes qui partent à la retraite avec une invalidité reconnue que dans les autres catégories. Forcément, ils partent à la retraite avant ! Ils n’arrivent pas à l’âge de la retraite, car leur durée de vie active est très faible !
M. René-Pierre Signé. Mais oui !
M. Jacky Le Menn. De plus, je l’ai rappelé tout à l’heure, il s’agit d’un personnel essentiellement, massivement féminin. Comme toutes les femmes au travail, elles font deux journées, mais les infirmières font un travail pénible : je vous ai rapporté des exemples tout à l’heure, mais on pourrait les multiplier. Il faut avoir vécu avec elles pour le comprendre ! Certains de nos collègues, qui sont médecins, le savent d’ailleurs parfaitement. J’ai eu une discussion, en commission des affaires sociales, avec notre collègue Nicolas About, qui m’objectait que toutes les infirmières ne connaissaient pas les mêmes conditions de pénibilité ; mais heureusement ! Pendant trente-cinq ans, j’ai fait des tableaux de service avec les infirmières générales : nous affections de temps en temps certaines infirmières à des consultations afin de leur permettre de souffler.
Force est de constater qu’une majorité d’entre elles quitte carrément la profession ! Elles ne vont même pas exercer dans d’autres secteurs, où elles pourraient être salariées, comme c’est le cas dans la médecine scolaire. Non ! Elles quittent la profession.
M. Guy Fischer. Après treize ans d’exercice, en moyenne !
M. Jacky Le Menn. Un tel niveau de défection est un marqueur fort de la pénibilité, et celle-ci ne peut pas s’acheter !
C’est pourquoi cette notion de marchandage hérisse le personnel, notamment paramédical, au plus profond de sa dignité : il faut être conscient d’une telle difficulté.
Pour cette raison, je vous demande, monsieur le secrétaire d’État, nonobstant l’adoption de l’article 37 de la loi du 5 juillet 2010, de reprendre la discussion sur ce point. Il est impératif de disjoindre nettement la reconnaissance du niveau de connaissances de celle de la pénibilité, car ces deux questions sont distinctes.
D’une part, la possibilité de partir à la retraite dans les conditions des catégories dites « actives » correspond à la prise en compte de la pénibilité. D’autre part, les infirmières doivent être payées correctement, car notre vie et celle de nos concitoyens sont entre leurs mains : on ne peut donc pas mégoter sur quelques euros !
M. René-Pierre Signé. Exactement !
M. Jacky Le Menn. Beaucoup d’autres dépenses sont nettement moins utiles. Il faut, à la fois, augmenter les infirmières et leur permettre d’avoir une fin de vie correcte lorsqu’elles prennent leur retraite. Nous le leur devons, à elles-mêmes, à leurs conjoints, à leurs enfants, à leurs familles ! (Très bien ! et applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)
M. le président. Je mets aux voix l’amendement n° 146.
(Après une épreuve à main levée déclarée douteuse par le bureau, le Sénat, par assis et levé, adopte l’amendement. – Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)
M. le président. En conséquence, l’article 13 est ainsi rédigé … »
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etude d’un texte de loi sur le rendement dés 2011 de la possiblité de partir en retraite avant 60 ans en categorie active (rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique, annexe au projet de loi de finances pour 2010. Merci Joelle
bonjour, combien de senateurs et de deputes infirmiers ?
merci de temoigner sur nos conditions de travail et j’aime mon metier, pas de remplacement, nos jeunes ides ne restent pas longtemps elles sont du matin et apres midi, planinng au jour le jour un jour en 12 ou en 8 heures, je suis aux urgences a Paris.et cela devient difficile moralement et physiquement. servez vous de et outil qu,est internet, je lis vos intrventions mais ces informations de la representation nationale sont est trop confidentielles.
merci, et bonjour a jp SUEur que j’ai connu a Orleans.
En quoi le métier d’infirmières en hôpital est-il plus pénible que celui d’infirmières en clinique ?
Tout le monde pense que son métier est plus pénible que celui du voisin. La seule question qui vaille est : l’espérance de vie pour ces salarié(e)s est-elle réduite par leur métier ? Je ne le pense pas…
Quant à l’argument selon lequel les infirmiers anesthésistes devraient partir plus tôt car ils sont soumis à des gaz toxiques… Est-ce que vous pensez vraiment ce que vous dites ?
Tout cela ressemble fâcheusement au copinage permanent dans lequel la représentation politique française (de tous les partis) se distingue particulièrement par rapport à nos voisins européens…
Vous rendez-vous compte que c’est ce genre de cadeaux catégoriels permanents qui finissent par détourner une large partie de la population de la politique ou pire… des partis politiques dits “responsables” ?
oui cette abrogation est légitime.Il ne faut pas mélanger LMD revalorisation et pénibilité. par contre au-delà de 50 ans une ide a plus de mal qu’une jeune ide a travailler dans les services de soins. On pourrait tout a fait réfléchir comment reclasser ces ide en fin de carrière sur des taches moins fatiguantes physiquement (referente, encadrement étudiants, infirmières scolaire ou en usine)De toute façon les ide ne font pas une carrière complète 13 ans en moyenne.
A suivre
“TRONQUE dit :
19 octobre 2010 à 10:43
En quoi le métier d’infirmières en hôpital est-il plus pénible que celui d’infirmières en clinique?”
Est-ce le propos ?Je ne crois pas, en tout cas ce n’ est pas, me semble-t-il,ce que dit Mr Le Menn, ou quiconque d’ ailleurs…
“Quant à l’argument selon lequel les infirmiers anesthésistes devraient partir plus tôt car ils sont soumis à des gaz toxiques… Est-ce que vous pensez vraiment ce que vous dites ?”
Je suis infirmier anesthesiste, et je crois pouvoir dire que Mr le sénateur n’ a pas tort lorsqu’il parle de “gaz toxiques”.
Alors évidemment, il ne s’ agit pas d’ “Ypérite, de phosgene, de gaz VX ou autre célèbre Sarin (metro Tokyo) qui sont des gaz de combat, mais d’ “AGENT VOLATIL HALOGENE” (AVH).Ces gaz sont des hypnotiques, ils permettent d’ entretenir votre sommeil artificiel, lorsque vous etes opéré.
Sachez que ces médicaments, comme tous ceux que nous utilisons en anesthésie, ont un caractére toxique intrinséque , pour le client dès lors qu’ on les utilise en limite de posologie( ou pas d ‘ailleurs), ou des recommandations en fonction des antécédants médicaux, et pour le personnel de maniére plus pernicieuse par une exposition récurrente malgre les moyens de filtration et d’ évacuation dont nous disposons. cf.”
(Petit précis d’anesthésie: à l’usage des non-anesthésistes Par Marie-Thérèse Cousin,p59, paragraphe 1.3 et 1.4, par exemple).
Je souhaiterais rajouter que je ne connais pas dans ce pays une profession aussi méprisée que la notre par son ministére de tutel, et je ne me l’ explique pas.Cf: propos de mme Bachelot , comportement des forces de police lors des manifestations IADE (video sur “You tube”).Alors certes, il y a eu Montparnasse et l’ intrusion au ministére des affaires étrangéres mais POURQUOI? Parcqu’ aucun dialogue ou presque n’ a été possible, que des réunions ont été repoussé à la derniéres minute, ou annuléé ce qui forcément a débouché sur des actions plus “radicales”.Meme aujourd’ hui ou des dépots de carburant ont été évacué, en tout cas sur les images que j’ ai pu voir, les forces de police n’ ont pas matraqué ou fait usage de bombes lacrymogénes “version familiale”, si vous me permettait ce trait d’ humour…
Mais en quoi nous faisons peur à ce point à nos politiques pour mériter un tel traitement?Je ne vois pas , ne comprends plus , je suis écoeuré.On passe notre temps dans les blocs, a tout vérouiller, en permanence, pour que çà fonctionne, dans une ambiance de plus en plus détestable, conflictuelle , déjà tendu en raison de l’ exercice meme de notre profession.Il faut gérer son stress, celui du patient, des médecins de la secrétaire ou des collégues infirmiéres dans les services, sans parler des situations de stress inhérente à notre pratique professionelle!!!!
Alors sachez,TRONQUE, que les propos de Mr le sénateur ne ressemble en rien à du copinage, mais qu’ il s’ agit manifestement de propos d’ un homme plutot bien renseigné ou en tout cas qui connait son dossier, ce qui est encore actuellement trop rare pour un politique qui s’ intéresse à ce sujet.
Je suis bien conscient que cette réforme des retraites est nécessaire et importante.Je ne fais pas de sectarisme ou ne souhaite pas de conditions privilégiées mais simplement une réforme juste pour tout le monde ce qui sous- entend une réflexion peut-etre plus en profondeur sur le fond et la forme.En tout cas cette réforme ne me semble pas etre cohérente avec une quelconque logique de calendrier électoral, ou plus simplement avec de quelconques mauvais calculs politiques à cours terme…
Enfin, permettait moi Mr le sénateur, de vous remercier pour vos prises de positions, et les efforts que vous faites pour faire comprendre ce qu’est aujourd’ hui la profession infirmiére.