Le 24 avril 2010, Jacky Le Menn a appellé l’attention de M. le ministre des affaires étrangères et européennes sur les dangers que fait peser sur la liberté des femmes afghanes la politique de la main tendue aux talibans du président Hamid Karzaï.
Les dernières élections présidentielles et provinciales ont démontré toute la maturité du peuple afghan qui s’est sincèrement et passionnément engagé dans le débat politique, allant voter malgré le risque physique qu’un tel acte représentait. Cette actualité était la phase visible d’un impressionnant cheminement vers la démocratie dans lequel la promotion de la femme occupe une place centrale, illustré notamment par le puissant mouvement de soutien au développement de l’école publique, particulièrement mobilisé dans ce pays sur l’éducation des jeunes filles. Cette avancée bénéficie en France d’un appui militant auprès de nombreuses associations qui ne ménagent pas leur peine pour réunir des dons, collecter des livres, matériels et fournitures afin que les conditions en Afghanistan soient dignes de cette société qui ne demande qu’à naître à la démocratie.
Dans cette architecture fragile qui s’esquisse ainsi, le texte fondamental de la Constitution de l’Afghanistan tient la clé de voûte dans son article 22 chapitre II : « toute sorte de discrimination et de distinction entre citoyens d’Afghanistan est interdite. Les citoyens afghans, hommes et femmes, ont des droits et des devoirs égaux au regard de la Loi. »
La main tendue aux talibans à l’occasion de leur entrée dans une Loya Jirga qui se tiendra dans les prochaines semaines emporte le risque d’une disparition de cet article 22, ou de sa réforme, pour lui enlever toute sa signification, ce qui serait proprement inacceptable. Il y a danger même s’il est acquis que le mouvement taliban est lui-même traversé de contradictions, et que la mouvance d’Al-Qaida n’y est pas majoritaire. Il y a danger parce que les situations de guerre créent des déséquilibres qui servent toujours les intérêts des plus déterminés et des plus extrémistes.
Ici la communauté internationale n’est pas sans moyen d’agir. Outre sa présence sur le terrain dans toute sa représentativité, on peut évoquer la gestion des fonds d’aide à la reconstruction et au développement. Elle est en mesure de peser pour la séparation des pouvoirs, la responsabilité de l’exécutif devant la représentation nationale, et le renforcement de la société civile. Mais il revient à la France, conformément à ses traditions historiques, de veiller au devenir des femmes afghanes.
Dans ces conditions, il lui demande de lui indiquer les initiatives et les démarches entreprises par la France pour que la Loya Jirga qui se tiendra incessamment prenne en compte la déclaration des droits fondamentaux des femmes afghanes, garantisse leurs droits et veille à leur participation au Gouvernement de l’Afghanistan.