
Lors du passage de la loi hôpital, patients, santé et territoires (HPST) devant le Parlement, la ministre de la santé avait promis aux parlementaires qu’il n’y aurait pas des suppressions d’emplois du fait de cette restructuration. Le bilan de l’année 2009 sera pourtant, d’après le journal Les Échos, de 1800 postes détruits dans les établissements de santé publics ; alors même que les professionnels se plaignent des conditions de travail difficiles et du manque de personnel !
Il est vrai que la situation budgétaire n’a jamais été aussi préoccupante avec, pour le financement de la sécurité sociale, un déficit qui a plus que doublé entre 2008 et 2009, passant de 10,2 milliards d’euros à 23,5 milliards. Il sera de 30,6 milliards en 2010. Nous sommes très loin d’un équilibre. Mais faut-il pour autant réagir par de la suppression de postes, le sacrifice de notre système de santé public, l’installation d’une technocratisation toujours plus poussée, tout cela au mépris d’une véritable démocratie sanitaire ? Aucune vision d’une médecine du XXIe siècle n’est proposée. La science médicale et la recherche sont laissées de côté, de même que l’humanisation des conditions de travail du personnel et d’accueil des patients. Une réforme ne peut être que structurelle ; elle doit être le fruit d’une vision d’une médecine d’avant-garde consacrée aux citoyens et permettant aux professionnels de santé de travailler dans les meilleures conditions. Quant à la démocratie elle ne trouve que peu de place dans cette organisation très hiérarchisée. Enfin cette restructuration s’avère être une opportunité pour le gouvernement de supprimer des postes, de faire des “économies” et conduire notre secteur public vers la privatisation. Tarification à l’activité (T2A), convergence tarifaire, indice santé hospitalier (ISH), agence nationale d’appui à la performance (ANAP), suppression d’emplois médicaux et non-médicaux, missions, contractualisations, agences régionales de santé (ARS) … sont des exemples de cette restructuration tous azimuts. Sans doute le gouvernement suit-il l’exemple de pays européens qui privatisent une partie de leur système de santé. En Allemagne la convergence des tarifs public/privé a conduit à la privatisation de plus de cent hôpitaux depuis 2004. Certes les cotisations d’assurance maladie y sont inférieures aux nôtres, et le «trou de la Sécu» n’existe pas ; mais devons-nous pour autant sacrifier le service public ? suivre une optique marchande qui risque rapidement de montrer ses limites ? N’y-a-il pas d’autres moyens de réformer le système de santé français et de le rendre plus efficace et moins coûteux ? Ne pouvions-nous pas inventer quelque chose de neuf ? Je sais que cela est possible et me suis attaché lors de la discussion du projet de loi HPST à le démontrer. Dès la première phrase de mon intervention liminaire, j’ai souligné le danger de confier les missions du service public au privé commercial. J’ai insisté sur le fossé de plus en plus grand qui sépare la politique et les élites de la réalité vécue des citoyens ordinaires. Fallait-il autant de précipitation à réformer, sans évaluations véritables, en proclamant un état d’urgence empêchant une deuxième lecture de ce projet de loi devant le Parlement ? Quel est l’intérêt des malades dans tout cela ? J’ai aussi prévenu que cette restructuration allait amener de nombreuses suppressions d’emplois. Aujourd’hui plusieurs chefs de service et médecins de l’AP-HP (hôpitaux de Paris) ainsi que des infirmières et aides-soignants expriment leurs craintes quant à l’avenir du service public, d’un démantèlement de l’hôpital public et de l’avènement de l’hôpital-entreprise avec des chefs de pôles auxquels on demande avant tout de devenir des gestionnaires, les médecins des «cliniciens contractuels», etc. Les directeurs des hôpitaux publics ne veulent pas devenir de simples exécutants des agences régionales de santés mises en place par la ministre et demandent une autonomie suffisante pour la réalisation des objectifs. Les mutuelles craignent que leurs cotisations augmentent du fait même de cette libéralisation. Pourtant, Mme la ministre de la santé nous a affirmé qu’il n’y aurait «pas d’ouverture au privé !» tout en mettant en concurrence le privé et le public en créant des missions … mais je parlerai de cela dans d’autres articles.
Comme je le disais déjà le 12 mai 2009, l’objectif sous-jacent de cette réforme «est le démantèlement du service public de santé, l’accélération de la privatisation et l’amplification d’une médecine à deux vitesses». Mme la ministre de la santé affirmait alors le contraire. Pouvons-nous continuer à croire une ministre qui a dit le 13 mai dernier devant le Sénat qu’en ce qui concerne l’hôpital public : «l’emploi y serait non seulement maintenu mais augmenté» et qui affirma que les effectifs qui avaient progressé allaient «encore s’accroître».