Nous ne pouvons résumer nos relations avec les pays pauvres très endettés à une simple annulation de dette

Edmond Hervé | Vendredi 4 décembre 2009 | - E. Hervé, - Séance publique, Activités au Sénat | Commentaires [RSS] | Rétroliens

Edmond Hervé, Rapporteur ce jour, du budget de la mission Aide publique au développement, a regretté l’insuffisance de notre présence industrielle internationale et l’insuffisante prise en compte de la coopération décentralisée.

Il a rappelé que nous ne pouvions résumer nos relations avec les pays pauvres très endettés à une simple annulation de dette.Il a poursuivi :

« La France, l’Europe, les pays développés et les pays émergents ont des devoirs à l’égard de ces pays.

Ceux-ci souffrent du mal le plus dramatique : la faim. Comme vous le savez, ce fléau mondial concerne 963 millions de personnes, chiffre malheureusement en croissance, avec ce paradoxe que la moitié de ces personnes sous alimentées travaillent la terre. Le défi alimentaire est l’enjeu majeur de l’humanité pour les deux générations à venir.

A l’origine de cette situation : une inégalité de répartition des matières premières agricoles qui engendre de nombreux conflits et désastres.

Inégalité de répartition qui doit nous engager à privilégier la construction d’infrastructure de transports, de ressources énergétiques (hydraulique et solaire), l’entretien d’un savoir toujours utile à celui qui cultive et maintient.

La sécurité alimentaire dans ces pays ne peut relever ni d’un libre échange mondial (la variation des cours le prouve : en septembre 2008, par rapport au début 2008, le cours du blé s’est effondré de 60%, le baril de pétrole de 75%) ni d’un repli national à l’intérieur de frontières incertaines et démunies.

Nous avons à favoriser l’application du principe de régionalisation que l’Union Européenne a su instituer avec la PAC et que Michel Barnier, à la suite d’Edgar Pisani, a défendu lors du G8 qui s’est tenu en Italie au mois d’avril dernier. Que pensez du dernier sommet de la FAO à Rome où, hormis le Président Berlusconi, aucun chef d’état n’était présent ?

Vous ne serez pas surpris si je cite au titre de notre solidarité avec les pays en voie de développement le respect de nos propres engagements en faveur du projet « Climat Energie européen » limitant le réchauffement climatique : nous avons une « dette écologique » à leur égard, dette d’autant plus facile à évaluer que nous prétendons connaître le prix du carbone. L’Agence Française de Développement (AFD) n’est pas insensible à ce sujet ?

Il y a une « justice climatique » à faire vivre : ne croyez vous pas que les paradis fiscaux ne puissent pas être sollicités ?

Au nom de la sécurité alimentaire des pays qui retiennent tout spécialement notre attention, il serait utile que dans un cadre multilatéral approprié, nous intervenions pour qu’il y ait une transparence minimale dans les contrats de location ou de vente de terre à des intervenants étrangers.

Il y a là un champ enthousiasmant pour nos diplomates qui savent par exemple que le Mali et le Sénégal ne sont pas dans des situations identiques.

Nous avons à soutenir une expertise française et francophone d’accompagnement pour tirer un maximum de notre aide en direction des Etats et de leur population.
Nous pouvons rappeler que les créanciers des pays africains doivent respecter des règles de transparence et de justice. »

Enfin, il a souligné l’existence d’une initiative exemplaire :

« L’AFD a mis en place un nouvel instrument de prêt dit « Prêt très concessionnel contra cyclique » qui adapte le profil des remboursements des pays débiteurs aux circonstances économiques.

Cette procédure s’avère particulièrement exemplaire pour le pays emprunteur et exportateur d’un petit nombre de produits dont les cours reposent sur ceux des matières premières particulièrement fluctuants.

La France est le seul pays pour l’instant à avoir expérimenté ce dispositif ; plaidons pour son extension. »

Retrouvez ici l’intégralité du discours d’Edmond Hervé

Laisser une réponse